Portrait d’Annlor Codina – Marion Cazaux

Loin des diktats de l’histoire de l’art et des étiquettes, Annlor Codina veut préserver toute la subversion qu’elle met au service de valeurs sociales. Intéressée par la relation entre l’œuvre et le public elle rend ses installations accessibles et interactives.

C’est une artiste qui s’inspire des événements sociaux violents contemporains pour décontextualiser la violence et nous amener à la voir d’un œil différent. Partant du principe que le cinéma et les médias ont réussi à rendre la violence séduisante comme dans les images rapportées de la guerre du Golf ou dans des films de Tarantino par exemple ; elle cherche à sortir autre chose de cette violence. La tension et l’horrible peuvent prendre un aspect esthétique et festif. Annlor part d’une idée, d’un événement et prend du temps pour se documenter et mieux appréhender celui-ci. À présent elle essaie d’intégrer l’open source à ses installations pour faire vivre cette alternative qui rejoint ses valeurs et la perspective de partage de connaissances liée à ce système. Outre l’open source, elle cherche à donner vie à des données qui prennent leur indépendance et deviennent alors autonome de l’artiste qui devient alors, en partie, spectatrice de sa propre création. Annlor Codina apprécie travailler sur des installations qui réunissent des différents domaines dont certains qu’elle ne maîtrise pas, cela motive les rencontres et les collaborations. L’évolution de l’artiste est intimement liée à l’actualité, nous pouvons noter qu’en ce moment elle s’intéresse à la violence liée à l’immigration.

À Toulouse depuis deux ans, elle s’est installée pour rester au sein du collectif d’artistes Mix’Art Myrys. Cette structure lui permet d’occuper un atelier avec de très bonnes conditions. Elle reste proche d’artistes et de membres aux spécialités différentes des siennes ce qui lui permet des collaborations intéressantes et des expérimentations qui ne seraient pas forcément aisées dans d’autres conditions. Pour elle, Mix’Art Myrys est un peu comme une famille, où l’aide et le travail en commun est continu et fructueux.

Son installation « Pursuit » a été présenté lors de l’événement fêtant les 20 ans de Mix’Art Myrys. C’est une Peugeot 504 en panne, fumante, équipé d’un vidéoprojecteur et d’un rasberry pi qui projette sur le capot un mini film retraçant la poursuite d’une voiture à laquelle sont accrochés des ballons gonflés à l’hélium. Cette voiture fait la route entre les différents lieux occupés par le collectif Mix’Art Myrys durant ses années d’occupation illégale jusqu’à sa légalisation à Ferdinand Lassalle, jusqu’aux Cartoucheries. Ce lieu représentait les espoirs d’un déménagement heureux, mais qui ne pourra finalement pas se faire. L’installation est agrémentée de ballons « 20 » et d’une guirlande de ballons éclatés. Les 20kg de confettis installés à l’arrière de la voiture sont une invitation claire à l’interaction avec l’œuvre pour encourager la fête. C’est une sorte de fête low cost, DIY, où la joie d’être arrivé à cette date anniversaire ne surplombe pas la peur qu’elle soit la dernière. La culture n’est pas à la fête à une époque où l’État coupe les budgets et où les lieux d’exposition sont tributaires en partie des choix politiques des mairies. Cette poursuite d’un idéal, celui du collectif, de l’art démocratisé, de l’art ou la mort (slogan de Mix’Art Myrys) peut se faire par des chemins détournés, peut se heurter à des échecs mais elle se doit d’exister.
Pursuit c’est tout cela, et bien plus.

Portrait d’Annlor Codina – Marion Cazaux, stagiaire à Mix’Art Myrys, 2015.